Des soins d'amour

Elles ou ils ne vendent pas leurs charmes en vitrine à Amsterdam ou ailleurs mais secourent les personnes handicapés en mal de câlins. Il arrive même que cela soit remboursé par la Ziekenfonds, l'équivalent de notre sécurité sociale. Un bel exemple de lutte contre l'exclusion menée par une fondation domiciliée près d'Utrecht (Pays-Bas).
“Tout, d'un couple ils ont tout. Les regards complices au même moment, les gestes de tendresse esquissés, sans ostentation..........Tout, ils ont tout, et l'on s'y tromperait si l'on ne savait que dans quelques minutes, dans une heure à peine, lui, refermera la porte derrière son dos, quelques billets froissés dans la poche, la laissant seule, regard perdue. Immobile sur sa chaise, Anneke commencera à attendre son prochain rendez-vous avec Vincent....."


Sujet réaliser aux Pays-Bas - février 2001

Ils se voient trois fois par mois, rarement plus de deux heures. Pour chacun de ces rendez-vous, Anneke lui verse environ 500 francs. Elle a rencontré Vincent par l'intermédiaire d'une association, qui ne pouvait exister qu'aux Pays-Bas, le SAR association de médiation alternative pour les relations. Elle met en rapport des adultes handicapés physiques avec des femmes ou des hommes disposés à leur faire l'amour. Anneke est une femme handicapée. Vincent est « son homme de service ». Unique au monde, le SAR a été créé il y a dix-neuf ans, dans un petit village près d'Arnhem, dans l'est du pays. Là vivaient plusieurs centaines de personnes handicapés, qui faisaient parfois appel à des prostitués. Les services étaient fort coûteux et ces dames ou messieurs pas toujours à l'aise avec des clients peu habituels. Plusieurs personnes se réunirent alors pour fonder cette association. Aujourd'hui, quinze femmes, deux hommes hétérosexuels, un homosexuel et un bisexuel la composent. Ils y sont venus par le bouche-à-oreille, ou en ont entendu parler à la radio ou à la télévision. Évidemment, aux Pays-Bas comme ailleurs, le SAR suscite une grande curiosité.
». La meilleure défense du SAR, ce sont les municipalités néerlandaises qui l'apportent. Autre particularité propre aux Pays-Bas, les communes, dans le cadre de la Sécurité sociale, ont l'autorisation de rembourser aux personnes handicapés qui en font la demande une ou deux visites par mois. Cette aide peut concerner différents cas de figure, comme la nécessité d'acheter des chaussures orthopédiques, une couverture chauffante, explique-t-on au service social de la mairie d'Amstelveen, petite ville au sud d'Amsterdam.
La sexualité des personnes handicapés ne fait l'objet d'aucune législation, mais quand une personne handicapé nous adresse une demande, après avis favorable d'un médecin, nous acceptons de rembourser une visite du SAR par mois. Il n'en serait pas de même s'ils voyaient des prostitués. Nous considérons que les gens qui travaillent pour l'association le font pour des raisons idéologiques et non pour de l'argent.» Ainsi, la Sécurité sociale néerlandaise classeles relations sexuelles au côté des chaussures orthopédiques… Ici, il est plus aisément admis que la sexualité est une composante essentielle de la vie de tout être humain, personnes handicapés inclus.

Photographe: Frédérique Jouval
Texte: Estelle Lépine